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Eve entre dans sa chambre toute dépitée.
Femme de Champs : Qu’est-ce qui t’arrive mon bébé ?
EVE : Mon Prince Charmant est mort !
Femme de Champs : Comment ça qu’il est mort ton Prince Charmant ?
EVE : Il a été tué ! Il est mort !
Elle plonge en pleurs sur son lit, et elle pleure. Sa Femme de Champs l’enlace et l’embrasse, elle tente de la consoler… mais rien n’y fait.
Femme de Champs : Pleure mon bébé ! Cela fait du bien.
EVE : Il est mort !
Femme de Champs : Oui ! On n’y peut rien ! Pleure tant que tu le voudras, pleure tant que tu le pourras.
EVE : Mourir moi aussi !
Femme de Champs : Tu dis ça sous le coup de la tristesse, tu verras, tu survivras, un chagrin d’amour, c’est toujours difficile.
Eve se débat pour être seule, et s’allonge de tout son long sur son lit, sans une larme, sans un mot.
Femme de Champs : Mon pauvre bébé !
Eve ne bouge plus, paniquée, sa Femme de Champs appelle le docteur.
Femme de Champs : Allo ! Docteur ! Oui, bonjour, c’est la Femme de Champs d’Eve… Oui ! Vous pourriez venir de toute urgence, Eve ne bouge plus du tout, j’ai peur… … … Oui, très bien, je vous attends. A tout de suite Docteur.
La Femme de Champs attend le Docteur agenouillée au chevet d’Eve. Elle décide de lui raconter la suite du Conte de Fée en attendant que le Docteur arrive.
Femme de Champs : Ma Petite Princesse, je vais te raconter la suite d’Hansel et Gretel, tu as les yeux fermés, mais je sais que tu m’écoutes.
« Pendant quelques temps, il y eut à nouveau à manger, et puis la famine se refit sentir dans le pays. Un soir, les enfants entendirent une fois encore la marâtre dit à leur père :
— Nous n’avons plus rien à manger. Cette fois, il faut se débarrasser des enfants : nous allons les conduire si loin qu’ils ne pourront pas retrouver leur chemin.
L’homme aurait bien préféré partager sa dernière bouchée avec ses enfants, mais sa femme insista tant qu’il finit par céder. Les petits avaient tout entendu. Quand les parents furent endormis, Hansel se leva pour chercher des cailloux, mais la femme avait fermé la porte à clé. Hansel réconforta cependant de son mieux sa petite sœur en lui disant :
— Soit tranquille, petite sœur, je trouverai bien un moyen pour nous tirer d’affaire.
Le lendemain, de bonne heure, la méchante femme vint les réveiller. Elle donna un petit morceau de pain, encore plus petit que l’autre fois, et l’on se mit en route pour la forêt. Hansel s’arrêtait de temps en temps pour laisser tomber à terre des miettes de son pain.
— Hansel ! cria son père, pourquoi t’arrêtes-tu et te retournes-tu tout le temps ?
— Je regarde mon pigeon blanc qui est sur le toit de la maison et qui me dit adieu, répondit le petit garçon.
— Que tu es sot, répondit la femme, c’est le soleil qui luit sur la cheminée !
Mais Hansel continuait à jeter des miettes de pain jusqu’à ce que le morceau fût fini. Ils marchèrent longtemps et s’arrêtèrent dans un endroit que les enfants ne connaissaient pas. On alluma un grand feu, puis la femme leur dit :
— Attendez-nous ici, nous allons abattre du bois dans la forêt ; puis nous reviendrons ensuite vous chercher.
A midi, Gretel partagea son morceau de pain avec son frère puis ils s’endormirent. Quand ils se réveillèrent, il faisait si noir que Gretel se mit à pleurer. Hansel lui dit :
— Attends un peu. Quand la lune sera levée, nous verrons les miettes de pains et nous rentrerons à la maison.
Lorsque la lune se leva, ils se mirent en route mais ne virent pas une seule miette. Elles avaient toutes été picorées par les oiseaux des bois. Ils marchèrent toute la nuit, puis toute la journée suivante, sans réussir à sortir de la forêt. Ils n’avaient mangé que quelques baies et avaient grand-faim. Ils étaient si fatigués qu’ils se couchèrent sous un arbre et dormirent jusqu’au matin. Voila deux jours qu’ils avaient quitté la maison de leur père ; s’ils ne trouvaient pas du secours, ils allaient mourir. Vers midi, ils aperçurent, perché sur une branche, un petit oiseau tout blanc. Il chantait si bien qu’ils s’arrêtèrent pour l’écouter. Son chant terminé, l’oiseau partit à tire-d’aile, et les enfants le suivirent. Il se posa sur le toit d’une maisonnette. En s’approchant, ils virent qu’elle était en pain d’épice et le toit en gâteau, les fenêtres, elles, étaient en… »
On frappe.
Femme de Champs : Qui est-ce ?
Docteur : Le Docteur.
Femme de Champs : Entrez, c’est ouvert.
Entre le Docteur.
Docteur : Bonjour chère madame, j’espère ne pas avoir été trop long, j’ai fait le plus rapidement possible.
Femme de Champs : C’est très bien ! Je contais à Eve la suite d’« Hansel et Gretel », le conte que j’avais commencé hier soir. Vous arrivez juste au moment le plus captivant, mais ce n’est pas bien grave, plus important est la santé d’Eve, qu’est-ce qu’elle a Docteur ?
Docteur : Laissez-moi le temps de l’ausculter.
Femme de Champs : Vite ! Vite !
Docteur : Si vous pouviez vous taire, ce serait gentil pour que je puisse l’étudier tranquillement.
Le Docteur ausculte Eve.
Docteur : (en aparté) Eh bé ! Les consultations se suivent mais ne se ressemblent pas !...
Femme de Champs : Alors Docteur ?
Docteur : Elle respire encore.
Femme de Champs : C’est grave ?
Docteur : Je ne peux pas me prononcer. Tout ce que je puis vous dire, chère madame, c’est qu’elle dort à points fermés et que personne ne sait quand elle se réveillera.
Femme de Champs : Mais elle se réveillera ? Dites oui Docteur !
Docteur : Je ne peux pas vous répondre. Dites-moi, chère madame, aurait-elle subit un choc violent, physique ou psychologique qui expliquerait cet état.
Femme de Champs : La personne qu’elle aime a été tuée aujourd’hui. Ça pourrait être une raison valable ?
Docteur : je ne vois pas d’autres explications. Elle dort pour oublier, elle cherche un moyen de vivre sans lui, et si elle ne trouve pas, elle restera plongée dans ce repos éternel jusqu’à ce que la mort vienne la surprendre…
Femme de Champs : Vous voulez dire qu’elle va mourir. Mon petit bouton d’or, mon petit sucre d’orge, ma petite vanille des îles va mourir ; la première femme de l’humanité, la seule et l’unique qui pouvait être féconde va s’éteindre. Comment va-t-on faire sans elle, Docteur ?
Docteur : Elle va mourir d’amour, chère madame !
La Femme de Champs se met à pleurer.
Docteur : Elle mourra d’amour sauf si elle trouve au fond d’elle la force de vivre sans l’homme qu’elle aime.
Femme de Champs : Elle ne la trouvera, son Prince Charmant était tout pour elle.
Docteur : Alors, chère madame, je ne puis plus rien vous dire de plus, elle mourra, peut-être que dans cent ans, ou dans mille ans, ou bien demain, ou bien encore cette nuit, elle mourra lorsqu’elle ne respirera plus, lorsqu’elle ne trouvera plus aucune issue possible dans sa tête pour rester un peu plus longtemps éveillée. Voila, chère madame, ça fait Sept Ecus.
Femme de Champs : Vous osez me faire payer la mort de celle que je considère comme ma propre fille, vous êtes sans gêne !
Docteur : Je n’ai fait que mon travail.
Femme de Champs : Sortez !
Le Docteur sort. Entre Le Fou.
Le Fou : J’ai entendu dire qu’une jeune femme se mourrait…
Femme de Champs : Oui ! C’est Eve, que lui voulez-vous ?
Le Fou : Je viens la veiller un temps, c’est triste de savoir que des gens meurent, deux dans une même journée, ce n’est pas génial. En plus, aujourd’hui, c’est la fête du mort, raison de plus pour venir lui fêter sa fête. Je peux ?
Femme de Champs : Oui ! Entrez !
Le Fou : Oh ! Qu’elle est belle en plus. Mais je la reconnais c’est la jeune femme de tout à l’heure, celle qui m’a demandé qui avait tué le jeune homme allongé au pied de l’arbre. Je m’en souviens encore, elle était triste parce que c’était la fête du mort et pas la sienne, alors je lui ai dit qu’après demain…
Femme de Champs : Elle était triste parce que c’est son Prince Charmant qui était allongé au pied de l’arbre, c’était l’homme qu’elle aimait.
Le Fou : Je ne pouvais pas savoir.
Femme de Champs : Dites, vous savez qui l’a tué ?
Le Fou : Oui !
Femme de Champs : Qui c’est ?
Le Fou : On joue au jeu du oui et du non, vous connaissez ?
Femme de Champs : Vous croyez vraiment que j’ai envie de jouer,
Le Fou : Non !
Femme de Champs : Alors ?
Le Fou : Oui !
Femme de Champs : Qui c’est ?
Le Fou : Oui ! C’est Adam.
Femme de Champs : Adam ? Pourquoi a-t-il fait ça.
Le Fou : D’après ce que j’ai compris, mais je ne suis pas sur que ce que je crois avoir compris soit vraiment la raison, mais j’ai cru comprendre que, avec le risque de n’avoir pas bien compris, qu’Adam est accusé, avec toute la précaution du monde, car j’ai compris en tendant un tout petit peu l’oreille, vous comprenez, je ne voulais pas être mêlé…
Femme de Champs : Abrégé !
Le Fou : Par jalousie.
Femme de Champs : Par jalousie ?
Le Fou : Oui ! Enfin, c’est ce que j’ai compris tout en n’écoutant qu’à moitié.
Femme de Champs : Oui ! Bon ça va ! Vous êtes venu la veiller… Eh bien sachez monsieur, que cela se fait en silence.
Le Fou : Oui, excusez-moi !
Le silence tombe sur le lit d’Eve. La Femme de Chambre pleure, Le Fou se tait. Entre Adam.
ADAM : Est-il vrai qu’Eve se meurt ?
Femme de Champs : Tu oses venir ici ?
Le Fou : C’est lui, c’est bien lui ! C’est lui le meurtrier, le criminel, le coupable.
ADAM : Eve !
Il se jette sur Eve.
Femme de Champs : Lâche-là, c’est de ta faute si elle est allongée sur ce lit.
ADAM : Eve !
Femme de Champs : Tire-toi avant que je comète un meurtre.
Rouge de rage, La femme de Champs se jette sur Adam et commence à le frapper. Le Fou vient les séparer.
Le Fou : Tu ferais mieux de partir.
ADAM : Eve !
Hors de ma vue ! Va-t-en !
ADAM : Eve !
Le Fou attrape Adam et l’entraîne à l’extérieur de la chambre.
Femme de Champs : Ma petite Eve, tu vas mourir dans la plus grande quiétude qui soit, personne ne viendra te déranger, je te le promets.
Les lumières s’éteignent. Eve meurt.
L’homme est seul sur scène
Le Fou : Ce soir, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, vous avez l’exclusivité mondiale de découvrir la Top Model la plus jolie du Jardin d’Eden. Elle a fait le voyage spécialement pour vous. Messieurs, vous vous l’êtes accaparé au fil des pages de tous les magazines d’Eden et de Navarre, vous l’avez trouvé superbement sexy, extrêmement sensuelle. Mesdemoiselles, vous vous êtes identifiées à elle, vous la trouvez particulièrement belle et étrangement superbe. Mesdames, vous qui l’avez tant de fois étranglée dans vos nuits, vous qui ne la supportée pas, elle est le fantasme de vos hommes et l’utopie de vos filles, vous la trouvez pathétiquement banale et incontestablement idiote. Ce soir, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, celle qui n’est encore pour vous qu’une image va défiler sous vos yeux en chaire et en os. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, accueillez comme il se doit la ravissante, la sublime, la merveilleuse Lilith !
Lilith défile en tenue de soirée.
L’envie de fuir la ville pour explorer l’inconnu se faisait de plus en plus pesante. Nous quittâmes Licuerna le 34 fervreurt, dans la nuit. Un fête importante était célébrée, la naissance de leur Diable, créature très appréciée dans ce drôle de monde.
Nos sacs sur le dos, nous marchions tranquillement vers l’extérieur de la mégalopole quand soudain nous entendîmes crier derrière nous :
— Attendez-nous !
C’était nos amis français qui nous rattrapaient. Amande, Korima, Elaudi et Damien accouraient. Ils voulaient partir avec nous. Quel bonheur de ne pas partir seuls. Chaussette et Omilia nous manqueront un peu moins de ce fait. Nous décommandâmes notre taxi et empruntâmes une sorte de Coccinelle que Damien avait retapée.
* * *
Depuis quelques centaines de kilomètres, nous avions perdu de vue la grande cité de Licuerna. Nous avancions dans une chiotte immense. La Chiotte de l’Urinée Verte. Drôle de nom pour une chiotte qui offrait de l’eau bleue turquoise un peu partout, des troncs bleu pétrole et une multitude de végétaux multicolores. La chiotte faisait penser à une œuvre de Matisse transpercée en son centre par une ligne de Soulages. Nous dérivions sur cette déchirure noire, cette route partiellement goudronnée.
La nuit sombre approchait. Acajùe proposait d’arrêter le véhicule et planter le campement dans la prochaine clairière que nous trouverions sur notre chemin. Peu de temps avant la disparition totale d’Agradecimiento, nous étions tous autour du feu, entre nos tentes. Nous mangions des escargots parsemés d’herbes hautes.
Il était si bon de traînasser autour du feu mais de grosses journées nous attendaient les jours suivants. Il fallait dormir. Chacun s’engouffrait dans son duvet. Laila Saida.
Au matin, un troupeau d’ânes sauvages passait en trombe à proximité du campement. Il réveilla toute l’équipe. Korima était déjà réveillée et sur ses pattes. Elle réussit à tuer trois femelles, qui selon elle, étaient délicieuses à mettre sous la dent. C’était surtout une réserve de nourriture non négligeable.
Après une petite toilette dans un lac à l’eau somptueuse, nous étions repartit au cœur de la chiotte. Le ciel était bleu, une petite brise nous caressait la peau. Avec Acajùe, nous étions, à chaque nouveau kilomètre parcouru, étonné de voir tant de beauté. Et la faune était encore plus surprenante. Outre les ânes sauvages, nous avions croisé des éléphants ocre, des milles pattes gigantesques qui possédaient réellement mille pattes, des tortues arc-en-ciel…
Sur les coups de treize heures, nous dégustions un sandwich à l’ânesse, accompagné de figues et de raisins. Il n’y avait pas que moi qui découvrais le goût de cet animal. A l’exception de Korima, personne n’en avait jamais mangé.
Comblés par ce repas délicieusement bon, nous passâmes plus d’une heure à somnoler sous les grands arbres de la chiotte. C’étaient des arbres qui montaient vers le ciel en traversant des molécules et des molécules d’oxygène. On ne voyait pas les cimes. Agradecimiento se frayait tant bien que mal un passage pour illuminer l’intérieur de la chiotte.
La sieste fut rompue par les secousses de Korima. Elle était apeurée par d’étranges bruits. Et surtout, elle se sentait épiée par des yeux inconnus. Nous nous étions tous regroupés en un cercle unique et minuscule. Collés les uns aux autres, chacun de nous regardait dans une direction opposée de la chiotte à la recherche d’yeux, voire d’un œil…
Nous nous sommes consulté et il ne fallut pas plus de trente secondes pour se mettre d’accord. Remballer tout le plus rapidement possible et poursuivre le corps qu’Elaudi avait repéré. La course était lancée. L’essoufflement se faisait ressentir. Notre folle chevauchée se stoppa net lorsque la tête de l’équipe butta devant un colossal temple. Un sanctuaire pour je ne savais quel dieu. Aucune ride, aucune ruine, aucune réfection, pas une restauration. Amande restait bouche bée. Acajùe et Damien se moquaient d’elle, trouvant qu’il n’y avait pas tant de raison que ça d’être en admiration. Elle referma son regard et ne broncha pas.
Agradecimiento commençait à se coucher. Nous n’avions pas remarqué que nous avions tant couru. La voiture était inévitablement perdue. Et nous aussi.
Nous avons planté le bivouac aux abords du temple, derrière des grands feuillages. Au loin, on entendait couler une eau violement. Certainement l’Arkère, le plus grand fleuve de Daque. Fatigué, je m’enfermai dans la tente, les autres plaisantaient autour des restes d’ânesse. Je commençais à m’endormir quand Amande remonta la fermeture de la tente. Elle s’incrusta et déplia les plans d’un bâtiment qui ressemblait à celui que nous venions de découvrir. Elle voulait le visiter, et compter sur moi pour convaincre les autres.
Je n’écoutais ses paroles qu’à moitié. Je la regardais, belle comme une princesse orientale. J’avais plus envie de la serrer contre moi que de l’entendre me parler de chambre principale, d’entrée dissimulée et autres termes architecturaux caractérisant l’édifice.
Sans trop comprendre pourquoi ni comment, je lui dis que je ferais n’importe quoi pour elle. Avait-elle compris mes sentiments ou était simplement ce qu’elle avait envie d’entendre ? En tout cas, elle sortit avec un léger sourire non caché.
…L’aventure continue…
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